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Nasr Hamid Abu Zaïd : itinéraire et affaire.

par Dr. Mohammed Chaouki Zine


Nasr Abu Zaïd est né à Tanta (Egypte) en 1943. 

Sa qualification académique :

1957-1960 : Tanta Technical College.

1960-1972 : il a travaillé comme technicien dans l’électronique à l’Organisation de Communication Nationale au Caire.

1968-1972 : B.A. des études arabes (Université du Caire)

1972 : nommé conférencier dans le Département de langue arabe et la littérature à l’Université du Caire.

1976-1987 : enseigne l’arabe aux étrangers au centre pour les diplomates au Ministère de l’éducation nationale. 

1977 : M.A. des études arabes et islamiques (Université du Caire). Enseigne la langue et la littérature arabes à l’Université du Caire. 

1981 : Doctorat en études arabes et islamiques (Université du Caire)

1982 : nommé Professeur des études arabes à l’Université du Caire.


Nasr Hamid Abu Zayd est actuellement exilé au Pays-Bas. Il a été séparé de son épouse Dr. Ibtihal Yunis d’après le verdict de la Cour de Cassation daté du 5 août 1996 après avoir été stigmatisé un apostate. La Cour a ordonné sa séparation de sa femme qui est musulmane en l’invitant au repentir et à renoncer à ces idées portant atteinte à l’Islam. Un des collègues du Dr. Nasr Abu Zaïd avait accusé ce dernier d’avoir eu recours à la diffamation et porter atteinte à la religion de l’Islam. Ces accusations ont vu le jour après que le Dr. Abu Zaïd publia en 1992 son livre controversé " Critique du discours religieux ". Dans ce livre, Abu Zaïd déclare que les textes religieux doivent être réinterprétés dans leur contexte historique et social initial. Abu Zaïd avait mis en garde contre toute l’arme du " takfir " (excommunication) qui visait, particulièrement, sa personne et, généralement, le droit à la liberté de la pensée. Il voit que le danger guette la société musulmane après qu’une minorité, abusant de son pouvoir religieux et charismatique, n’hésite pas de procéder à l’arme de l’excommunication pour réduire au silence toute voix appelant à libérer la religion et les textes religieux des usages abusifs et utilitaristes. L’épouse du Dr. Abu Zaïd, Mme Ibtihal Yunis avait violemment réagi à la décision de la Cour de la séparer de son époux et voyait cet acte comme violation flagrante de la vie privée, l’intimité et les droits égaux de l’homme. Elle croit fermement à la fidélité religieuse de son époux Abu Zayd et toutes les accusations qui ont été formulées à son encontre ne sont qu’une inquisition infligée à sa pensée réduisant au silence ses convictions intimes et ses idées rénovatrices. Mme Ibtihal Yunis avait expliqué que certains accusateurs de son mari se sont présentés comme les protecteurs de sa foi musulmane n’ayant pas droit à vivre avec un apostate. Cependant, elle se défend en confirmant que la femme égyptienne, en l’occurrence Mme Ibtihal Yunis, docteur et professeur d’université, travaille à côté de l’homme égyptien pour construire les générations de demain. Vouloir protéger la foi religieuse n’est qu’un prétexte pour museler la liberté d’expression et dévaloriser le rôle de la femme dans l’enseignement et l’éducation. Non seulement le verdict de la Cour avait ordonné de séparer Dr. Abu Zaïd de son épouse Mme Ibtihal Yunis, mais des " fatwas " (consultation juridique) s’élevaient pour que la peine capitale soit le mérite du Dr. Abu Zaïd. Ce climat de terreur à l’encontre des intellectuels avait abouti en 1993 à l’assassinat du penseur égyptien Dr. Farag Fouda. Récemment aussi, en 1997, une autre figure du milieu intellectuel égyptien a été condamné, accusé d’apostasie et menacé de mort. Il s’agit du Dr. Hassan Hanafi, Professeur de philosophie à l’Université du Caire. Le Dr. Yehia Ismail, le secrétaire général d’El Azhar, accuse le Dr. Hassan Hanafi d’avoir porté atteinte à la religion de l’Islam et d’avoir discrédité l’institution religieuse d’El Azhar en diffusant des idées hostiles à la religion. Sans oublier aussi l’attentat contre l’écrivain Naguib Mahfouz (Prix Nobel en littérature). Ces cas, entre autres, montrent combien la pensée arabe contemporaine reste étrangère dans son propre territoire de naissance et de floraison. Le climat de terreur, de persécution mentale, de menaces et d’intolérance devient de plus en plus insupportable dans un monde où l’humanité rectifie ses erreurs commises par les atrocités et les guerres sanglantes du 20ème siècle (les deux guerres mondiales). Ce qui s’est passé à des intellectuels égyptiens (Farag Fouda, Nasr abu Zayd, Hassan Hanafi...) libanais (Hussein Morowwa..) et algériens (Abdelkader Alloula, Bekhti Benaouda, Tahar Djaout..) entre autres, est un indice fortement désappointant qui met en péril tout un labeur de construction et de résistance face aux forces de la destruction.