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"Tafkikiyat
Ibn Arabî : el tawil, el ikhtilaf, el kitaba"
(Le déconstructivisme d'Ibn Arabî: l'herméneutique,
la différence, l'écriture).
Résumé
:
Le texte qui suit est un essai publié dans la revue
libanaise (Beyrouth) "Kitabat Mouacira" (Ecrits contemporains), n°36,
février-mars, 1999.
Ce texte aborde la pensée d'Ibn Arabî sous l'angle d'un courant philosophique
contemporain "le déconstructivisme". La question qui nous a été posée:
comment lire une pensée, comme celle d'Ibn Arabî, percée dans le mysticisme
du XIIIe siècle selon une vision philosophique contemporaine? L'essai
a été vu comme une sorte de syncrétisme, voire encore d'anachronisme.
Ecrire sur le théosophe et mystique Ibn Arabî n'est pas une entreprise
facile et l'aborder selon les différentes méthodes philosophiques n'est
pas évident non plus. Notre essai " Ibn Arabî, l’herméneutique et l’écriture
" (voir ce texte dans cette rubrique) analyse la façon par laquelle Ibn
Arabî utilise la science des lettres dans l’interprétation du texte coranique
(l’exégèse mystique), ce qui a nécessité de parler et d’évoquer l’herméneutique
et la phénoménologie (deux approches philosophiques) pour mieux saisir
les mécanismes et les portées de cette interprétation. Etudier Ibn Arabî
selon une approche purement instructive en relatant l’histoire des idées
mystiques, leur émergence, leur apport et leur devenir ; est une tâche
qui a été admirablement faite par les spécialistes de ce grand mytique
et philosophe. Notre objectif est différent et émane d’une aspiration
autre que celle véhiculée par les études académiques. Notre contribution
se veut originale, moins répétitive et monotone et surtout le résultat
d’un processus qui metterait la pensée philosophique arabo-musulmane dans
un stade de créativité et de singularité dignes d’intérêt.
Le déconstructivisme d’Ibn Arabî consiste à trouver dans le texte originel
(le texte sacré en l’occurrence) les possibilités d’être, les manières
de voir et d’agir et les potentialités de sens qui ont été écartées et
demeurent enfouies dans ce texte. Le texte exprime des choses tout en
gardant le silence à propos d'autres choses. En interprétant le texte
sacré, Ibn Arabî nous dévoile sa manière de voir profondément le " dedans
" de ce texte et ce qui demeure caché derrière ses lignes. Il procède
à trouver le sens originel des termes tout en gardant leur valeur sémiotique
comme " ‘aql " (raison) et " ‘iqal " (entrave) ; " qalb " (coeur) et "
taqallub " (variation) ; " kalam " (parole) et " kalm " (blessure). Cette
herméneutique, savamment élaborée et mise en application par Ibn Arabî,
trouve dans l’écriture et l’usage des lettres et de leurs correspondances
une manière de mettre en oeuvre ses valeurs sémantiques. C’est ainsi qu’il
interprete la création de l’existence par le flux de la générosité. L’opération
est éminemment langagière : " woujoud " (existence) est composé de " waw
" (la lettre alphabétique arabe " w ") qui signifie, selon lui, " le mystère
" et " joud " qui veut dire " la générosité " ou bien le don originel
[nous avons comparé cette idée par " la donation de l’être " du philosophe
allemand Martin Heidegger, chez qui cette donation prend pour terme l’expression
" Es gibt " qui, en français, veut dire " ça donne "]. La différence comme
signe et caractère de la pensée d’Ibn Arabî qui s’ajoute à l’herméneutique
comme méthode et l’écriture comme pratique et mise en application, s’efforce
de montrer que les termes employés varient d’un contexte à l’autre. Le
même mot ne désigne pas la même chose, mais il y a tout un faisceau de
rapports et d’interpositions qui font de ses textes une possibilité d’interprétation
du texte sacré. Il s’agit en fait de mettre en oeuvre le principe de la
différence comme renvoie permanent et non conformité entre l’originel
et sa copie ou bien entre le texte premier et son commentaire.
Orientation :
Pour plus d’informations sur le déconstructivisme,
voir la page consacrée au penseur libanais " Ali Harb " dans "
Pensée arabe contemporaine " et aussi " Jacques Derrida " dans la
rubrique " liens ".
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