
La Différance(A propos du livre "Jacques Derrida" par Geoffrey Benington et Jacques Derrida, ed. Seuil, coll. Les contemporains).
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Par: Christian DESCAMPS : Nous savons que la culture occidentale, mais elle est devenue mondiale, valorise la voix; elle serait présence immédiate, l'écriture n'en serait qu'un substitut. Examiner les conséquences de l'abaissement de l'écriture, c'est tenter de constituer, dans une complexité qui n'est pas simple refus ou réfutation, une autre histoire des signes écrits. Et Derrida élargit considérablement cette notion en parlant de trace. Ainsi, dans son ouvrage intitulé "De la Grammatologie", il réfléchit sur la libération de la mémoire, sur l'extériorisation des traces. Des programmes élémentaires du néolithique jusqu'à la constitution de fichiers électroniques, on assiste à l'extension des possibilités de mise en réserve, de stockage. Construire ce dispositif, c'est inventer l'analyse de la différance. Différer c'est ne pas être même et c'est, également, remettre à plus tard; prendre en compte la différance, c'est démonter l'illusion de "présence"? L'écriture devient alors un tenant-lieu de la présence; et l'auteur se voit contraint -une fois démembrée cette illusion- d'introduire un relief, une distance au sein de l'écriture. On retrouve ici une différance première, irréductible; elle nous renvoie au fait qu'il n'a jamais existé de langage premier, vierge de toute écriture. A partir de cet acquis, Derrida reformule alors un concept d'écriture capable de mettre en question la distinction, trop tranchée, entre sociétés "avec" ou "ans" écriture? Mais le parcours de Derrida, n'invente pas de pseudo-solutions capables de résoudre les oppositions. Car se dépendre de la présence des choses, de la présence à soi, de la coprésence de l'autre, renvoie à un labeur infini. Ainsi la représentation - cette idée-force du théâtre, de la peinture, de la théorie - a été longtemps pensée comme la simple copie d'une originalité parée des vertus du propre. Pourtant les doubles, les reproductions, les simulacres résistent à cette réduction. Examinés avec soin, les doubles entament toujours l'identité que l'on croyait première. Nous voilà confrontés à une évidence difficile à entendre. Il n'a jamais existé de langage premier, intact. Il n'y a pas de pure proximité de la présence. Les mécanismes d'auto-affectation, de "différance" ruinent la ligne royale de la présence à soi. Déplacer les figures de l'identité, de l'orogine, c'est déconstruire les oppositions séculaires entre nature/culture, présence/absence, sujet/objet, intelligible/sensible. La tâche est immense puisque ces rocs ne cessent de hanter les grands textes. |
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