
Critique de la déconstruction (Pierre Zima)
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Par : Pierre Zima Une critique dialectique et dialogique
de la déconstruction ne saurait aboutir à une réfutation globale telle
que l'envisage par exemple John M. Ellis en prenant comme point de départ
la philosophie analytique (1). Toute approche dialectique (au sens de
la "Théorie critique") tiendra à démontrer à quel point la perspicacité
de la déconstruction engendre des bévues spécifiques qui sont peut être
inévitables. Une telle approche finira par révéler une certaine parenté
entre elle-même et l'objet de sa critique. L'un des mérites fondamentaux
de la déconstruction derridienne consiste à avoir reconnu à quel point
le discours, en tant que structure transphasique, articule la "volonté
de puissance" (Nietzsche) ou la "volonté de volonté" (Heidegger). C'est
un aspect de problématique discursive mis en lumière par Adorno, mais
négligé par Habermas. En même temps, la critique du logocentrisme a confirmé
et développé le théorème adornien selon lequel le texte littéraire ou
autre n'est pas, comme l'avait imaginé Hegel, une totalité homogène ou
une structure de signifiés définissable dans le cadre d'un structuralisme
quelconque. En montrant comment le texte se soustrait à l'emprise de la
pensée conceptuelle, les arguments critiques avancés par Derrida, de Man
et Miller ont ébranlé certains préjugés de base du rationalisme et de
la dialectique de la totalité. Malgré l'importance de ces éléments critiques
qui ne devraient pas être passés sous silence, la déconstruction souffre
d'un manque de réflexion dialogique et histoique. Derrida et ses amis
croient discerner dans tous les textes des apories ou des mécanismes de
dissémination et n'ont pas l'air de se rendre compte à quel point ils
projettent des constructions de leurs métadiscours dans le texte analysé.
Ils reproduisent ainsi certains désavantages du logocentrisme. Comme l'hégélien
qui identifie le texte avec sa totalité, comme le structuralisme greimasien
qui l'identifie avec son concept d'isotopie, un critique comme de Man
l'identifie invariablement avec l'aporie qu'il a lui-même inventé. En
affirmant que tous les textes sont aporétiques et qu'ils finissent par
se déconstruire eux-mêmes, la critique déconstructrice tend à réduire
la dimension historique et sociologique de ses analyses. Car la diversité
des textes et de leurs contextes historiques rend tout à fait invraisemblable
l'hypothèse selon laquelle tous les textes sont des structures aporétiques.
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