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La conférence du Professeur Mohammed Arkoun : " l’'union européenne et les peuples de la Méditerranée dans l’'horizon 2010 "
Pourquoi 2010 ?
Parce que la date est très proche et les événements qui se produisent alors sont déjà inscrits dans le présent
d’'aujourd’'hui. Il s’'agit d’'analyser de près les confrontations qui ont lieu en Méditerranée et ce que l’'Europe occidentale est en train de devenir en passant de l’'étape historique de l’'Etat national à une étape qui traverse les Etats
nationaux. Il faut observer le rôle de l’'Etat-Nation et de la culture que l’'on y
associe, en particulier pour des pays comme la France et l’'Angleterre avec le rôle historique qu’'ils ont joué
au-delà de leurs propres frontières.
Ces pays vivent donc un passage à un nouvel espace juridique, institutionnel et
politique. Ils devront également définir leurs formations géopolitiques par rapport par rapport aux peuples de la Méditerranée.
Quel type de réponses politiques l’'Europe donnera-t-elle aux demandes qui commencent à s’'affirmer de la part du Sud de la Méditerranée ?
Il est impératif de modifier l’'image que nous nous faisons respectivement de l’'autre car même dans le discours
universitaire, les perceptions respectives du Nord et du Sud sont fondées sur des ignorances
mutuelles. Là, il convient de différencier entre " Europe " et " Occident ". Europe est à prendre dans le sens d’'union européenne avec des réalités
culturelles, historiques très fortes et Occident, comme concept géopolitique, géo-économique et géo-monétaire (le G7).
Les ruptures de la Méditerranée :
Dans son ouvrage, " Mahomet et Charlemagne " (1936), Henri Pirenne discute l’'émergence de l’'Islam au VIIème siècle en Méditerranée, émergence qui est vue comme une rupture dans la " Pax Pomana ". Rupture du point de vue
religieux, culturel et plus tard, intellectuel par l’'émergence du fait
islamique. Le fait islamique est devenu une force hégémonique qui est arrivée à éliminer progressivement la présence politique de Rome ainsi que la présence du
Christianisme. Il y a donc rupture mais en même temps il y a une circulation de la pensée grecque classique qui va se généraliser grâce à
l’'Islam, grâce à un espace gréco-sémitique. Cet espace prend en charge une dimension essentielle de la pensée : la dimension monothéiste qui vient du sémitisme, de l’'ancien Israël qui va utiliser les mêmes outils aristotéliciens de conceptualisation et de construction de la pensée monothéite. Au point de vue de la pensée, nous avons donc une sorte de " Pax Arabica " en Méditerranée.
Une autre rupture s’'installe au courant du XIIIème siècle et sera consommée en 1492. Il s’'agit de la découverte de la route de l’'Atlantique et en parallèle, on assiste à l’'expulsion des juifs
d’'Espagne. Il y a renversement des rapports de forces : l’'Islam qui avait exercé une hégémonie dans l’'espace méditerranéen, va la perdre
progressivement. En 1453, les Ottomans prennent Byzance et mettent ainsi un point final à l’'Empire
Byzantin. L’'Islam n’'est donc pas encore complètement éliminé sur les plans politique et
militaire. La continuité architecturale, politique et militaire de l’'Islam ainsi assurée par l’'Empire Ottoman, ne s’'accompagne pas du tout d’'une participation à l’'ascension
intellectuelle, scientifique, institutionnelle de l’'Europe à partir du XVIème siècle.
C’'est une rupture à l’'intérieur des esprits qui a modèle le destin que les peuples méditerranéens sont en train de vivre
aujourd’'hui.
On voit comme la carence d’'analyse historique est responsable pour la perception essentiellement négative que l’'on a du côté européen de la perception véhémente et agressive que l’'on a de l’'autre côté vis-à-vis de
l’'Occident.
La modernité de l’'Europe s’'est construite et développée à partir du XVIème siècle en laissant de côté les énergies les plus fortes dans les sociétés
arabo-turco-iraniennes. Tandis que de l’'autre côté, il y a une sorte d’'involution de
l’'histoire, un retour des sociétés se réclamant de l’'Islam par une religion sans mémoire
historique. Or c’'est par la mémoire, par l’'histoire, qu’'une religion est
vivante.
Quel avenir ?
Il est temps d’'effectuer une ouverture d’'un champ historique nouveau à partir de l’'Europe pour introduire une approche nouvelle de la Méditerranée, en englobant tout ce qui a été arbitrairement éliminé par l’'université, le
politique, les institutions religieuses. Essayer de réfléchir à nouveau sur l’'ensemble de ces problèmes, de part et
d’'autre, tels qu’'ils ont été noués et imposés par les ruptures
successives. Aux ruptures coloniales succéderont les ruptures liées à l’'indépendance : balancement des ruptures arabo-islamiques et
euro-chrétiennes. Ruptures qui affectent les domaines culturel et
symboliques.
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